
Dans un bar congolais des plus crasseux, le Crédit a voyagé, un de client les plus assidus, Verre Cassé, immortalise dans un cahier de fortune les prouesses et échecs des ratés sympathiques qui le fréquentent. La mémoire ne suffit plus pour le savoir de tout un quartier survive au temps. Les vieillards ne peuvent à eux seuls servir de bibliothèques. L'Histoire doit être mise sur papier, et ce, même si le produit final n'est peut-être qu'une histoire de l'Histoire.
Que penser de tout cela ? Hum… Verre Cassé est un roman sans début véritable et sans fin totale; une oeuvre qui ne contient aucune majuscule ni point... que des minuscules et des virgules. Voilà donc une bibitte littéraire qui aurait fait jubiler Borges. Alors, si vous aimez les histoires simples écrites dans un style dépouillé, n'achetez pas Verre Cassé.
Cependant, si les défis littéraires vous fascinent et si vous êtes un lecteur avide de littérature de tous genres, toutes époques et toutes langues, Alain Mabanckou vous plaira certainement.
On croit parfois lire Marquez. À d'autres moments, on se trouve en plein Rabelais. Il y a même un je ne sais quoi de Ovide (rien de moins!), avec tous ces personnages quasi mythologiques. D'ailleurs, l'univers que raconte Alain Mabanckou appartient davantage au conte qu'au roman. Mensonges, réalité et rêves éveillés se mélangent dans le discours éthilique de verre Cassé.
Alain Mabanckou est aussi un très grand lecteur, et ça se voit. Chaque page contient un clin d’œil à une oeuvre ou un écrivain. Parfois ce n'est rien, un détail (Céline qui rencontre Ferdinand) ou l'emploi d'un titre (faut pas faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer). Il arrive aussi que l'allusion soit plus directe, comme avec l'emploi de personnages "empruntés" à d'autres roman (dont Holden, qu'on devine être le Holden Caufield de L'attrape-coeur) :
Je croise ce type qui se fait appeler Holden, je l'entends encore me sortir ses niaiseries d'adolescent rebelle [...] et puis il s'avance près de moi, me dit qu'il sera bientôt minuit, je lui tends alors ce cahier en lui confiant "mon gars, ne l'ouvre surtout pas même si toi aussi tu es dedans, mais je n'ai pas voulu parler de ta vie, je n'ai pas assez de temps, du reste, allais-tu me dire qu'un de tes amis t'as cassé la figure dans le dortoir, que tu vagabondais ici et là dans le Manhattan, que tu as été à new York... (p.247)
Pour les curieux, vous pouvez toujours visiter le site internet d'Alain Mabanckou.
Alain Mabanckou, Verre Cassé, éd. du Seuil, Coll. Points, 2005, 248 pages, ISBN 2020849534.
3 commentaires:
moi, j'ai beaucoup aimé même si je n'ai pas saisi l'intégralité des références littéraires (quelques-une quand même :P ).
et puis, la lecture n'est pas insurmontable : ce livre a reçu le prix ouest france/étonnants voyageurs, décerné par 10 jeunes de 15 à 20 ans. Cela veut dire qu'ils ont réussi à le lire, mais aussi et surtout qu'ils l'ont aprécié (argument supplémentaire pour lire le livre :P ).
@ Constance : Il est vrai que plusieurs références littéraires ont dû aussi m'échappé. Cela veut sans doute dire que je devrai le glisser dans une future PAL, une fois que je serai un peu plus riche de mes nouvelles lectures.
j'ai parlé avec l'auteur : apparemment, le nombre de références est assez hallucinant, donc même un lecteur plus que cultivé ne pourrait toutes les saisir.
par contre, toujours d'Alain Mabanckou, je te conseille Black Bazar. Plus simple, plus aboutit et reprenant plein d'idées de celui-ci tout en les renouvellant.
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