mercredi 28 avril 2010

Lire, c'est la vie par Jacques Godbout

Bien que nous apprenions l’alphabet, puis la grammaire, dès notre enfance, cela ne signifie pas que nous soyons de bons lecteurs pour autant. L’expérience des années enseigne que ce n’est pas parce que nous sommes capables de déchiffrer lettres et mots que cela signifie que nous maîtrisons l’art de la lecture. Lire, c’est d’abord choisir. Quel roman nous intéresse? Quelle histoire nous répugne? Dès lors, choisir un livre, c’est se choisir. Pour bien lire, il faut d’abord bien se connaître.

Voilà pourquoi, après plus de trente ans passés (1979 à 2009) à écrire pour la mensuel L’Actualité, le romancier (et essayiste et cinéaste et journaliste) Jacques Godbout propose un portrait, le sien, esquissé au moyen des nombreuses critiques littéraires qu’il y aura offertes. Publié chez Boréal dans la collection Papiers collés, ce recueil a pour titre évocateur Lire, c’est la vie.


Bien qu’on y retrouve quelques noms et titres devenus depuis des classiques (Le livre du rire et de l’oubli de Kundera, No Logo de Naomi Klein, Finkielkraut ), Godbout a l’instinct des grands penseurs en proposant souvent des œuvres « hors normes », ou à tout le moins qui se trouvent loin des pyramides babylonesques des grands libraires. Clairement, l’écrivain souhaite nous faire découvrir les perles cachées. C’est ainsi que réflexions et critiques tant sur des romans que des essais et de biographies remplissent plus de trois cents pages.


«La vie réelle est à la portée de tous; la vraie vie, celle de la littérature, nous permet d'approfondir la vie réelle, mais demande un effort de l'esprit. En trois heures d'absence au monde, plongé dans un roman russe, vous avez vécu trente ans de plus que votre voisin qui a passé sa soirée au centre commercial; vous êtes donc plus riche, et lui plus pauvre d'être de cette pauvreté qu'aucun bien-être social ne saurait adoucir.»


Avant même la page cinquante, j’ai compris que Jacques Godbout se perçoit davantage comme un passeur de livres que comme un critique. Et quel passeur! Car force est d’admettre que Lire, c’est la vie, saurait tenter le plus récalcitrant des lecteurs. C’est ainsi que, à chaque dix pages environ, je découvre un nouveau titre qui, immanquablement, fait naitre en moi un urgent besoin de me le procurer.


Quelques exemples de ces découvertes :


-La génération lyrique, par François Ricard (essai fort bien écrit qui aborde la génération des pré- bébé boomers)

- Histoire des peurs alimentaires, par Madeleine Ferrière (ouvrage fascinant sur les phobies qui ont affolé les populations depuis le Moyen Âge)

- Avant la fin, par Ernesto Sabato (une autobiographie du grand écrivain)


Et tous les sujets y passent : environnement, cinéma, politique, littérature, cuisine, etc.


Lire, c’est la vie, est certes un portrait de papier de Jacques Godbout, mais c’est aussi un dialogue que poursuit l’écrivain avec ses lecteurs, un dialogue qui a débuté dans L’Actualité il y a de cela plus de trente et qui s’y poursuit toujours.


Jacques Godbout, Lire, c'est la vie, éd. Boréal, 2010, 342 pages.

2 commentaires:

wondassista a dit…

Il existe bien sur un art de lecture que tout le monde ne possede pas. Aussi, chacun lit et voit les choses a sa maniere...
Il n'y a pas longtemps aussi on a souleve la question de la lecture a haute voix qui, la aussi, est subjective. Un texte lu a haute voix est un texte qui respire d'un sang nouveau. Le lecteur donne son propre souffle au texte qui epouse les flexions de sa voix...

Louis a dit…

@ Wondassista : Alberto Manguel aborde d'ailleurs cette forme de lecture dans Une histoire de la lecture. Il rappelle, entre autres, qu'à l'époque médiévale, celui qui lisait en silence paraissait étrange aux yeux des autres, car lire en silence était perçu comme une forme d'égoïsme (les mots se partagent). Si ma mémoire est bonne, Manguel cite à ce sujet Saint-Augustin.

Aujourd'hui, certaines forment se prêtent mieux à l'oralité que d'autres. Je pense ici au théâtre et la poésie.