Bienvenue dans ma Citadelle

Un blog consacré à la littérature offrant des critiques sur des oeuvres de différents genres, mais aussi des commentaires sur le monde des lettres.

mardi 17 février 2009

Le livre de l'année

Depuis une semaine, je ne lis rien. Pas le temps. Et puis, j'attends la sortie DU LIVRE de l'année 2009. Qui en sera l'auteur ? Une autre cuvée signée Amélie Nothomb? Un nouveau visage jusqu'ici inconnu? Nooooonnn! LE succès littéraire de 2009 sera écrit par des singes savants à chemise rose:

mercredi 11 février 2009

Le guide du voyageur galactique 2 : Le Dernier Restaurant avant la Fin du Monde par Douglas Adams

La cuisine anglaise est exécrable. Moins abominable, cependant, que la poésie des Vogons, un peuple fier, ombrageux, et éminemment irritable. D'ailleurs, les Vogons ont fait sauter la planète Terre, soi-disant par erreur. Pas de panique ! Grâce au fabuleux Guide galactique, le pauvre Arthur Dent, ex-citoyen britannique désormais apatride et passablement désemparé devant tant d'inconvenance, pourra affronter sans crainte les improbables méandres d'un univers en folie. Rien ne l'empêchera, pas même un ascenseur dépressif, d'arriver à temps pour déguster le Plat du jour au Dernier Restaurant avant la Fin du Monde. (Quatrième de couverture)

Deuxième volet de la trilogie en cinq tomes (!) du Guide du voyageur galactique, Le Dernier Restaurant avant la Fin du Monde est à la hauteur des attentes sans l’ombre d’un doute. Pour notre plus grand plaisir, l’Univers se trouve toujours aussi dérangé. Douglas Adams atteint des sommets d’absurdité à ne rate pas une occasion pour sombrer davantage dans la folie.

Ce nouvel opus reprend là où le premier nous avait laissé. Fatigués de leurs précédentes aventures, Arthur Dent et ses compagnons tentent tant bien que mal d’aller casser la croûte au Dernier restaurant avant la Fin du Monde. Il va de soi qu’une destination aussi simple s’accompagne des embûches les plus improbables de la galaxie. Il va aussi de soi qu’on risque de se retrouver à peu près n’importe où lorsque notre quête (outre celle guidée par notre estomac) cherche à trouver « la question dont la réponse est 42 ». Et puis, il y a ces autres questions aux réponses Ô combien complexes :

L’une des difficultés majeures soulevées par le voyage temporel n’est pas de devenir accidentellement son père ou mère. Non, la difficulté majeure est essentiellement d’ordre grammatical et l’ouvrage principal à consulter en la matière est le Manuel des Mille et Une Conjugaisons à l’usage du voyageur temporel. La plupart des lecteurs vont jusqu’au Passé antérieur surcomposé du subjonctif futur semi-conditionnel plagal 2e forme avant de renoncer. Le Guide du voyageur galactique passe rapidement sur ce dédale d’abstraction académique, notant simplement l’abandon du terme « futur plus-que-parfait» quand on eut découvert que ça n’existait pas. (p.121-122)

Paradoxalement, l’unique faiblesse de ce roman se trouve justement être la partie consacrée à ce fameux restaurant. Le style rapide et incisif de Douglas Adams se perd momentanément dans des descriptions dont la longueur atténue l’effet comique.

Il reste que Le Dernier Restaurant avant la Fin du Monde est le meilleur moyen d’échapper à un quotidien banal.

Douglas Adams, Le Dernier Restaurant avant la Fin du Monde [trad. de l’anglais par Jean Bonnefoy], éd. Gallimard, coll. Folio SF, 2005, 280 pages, ISBN 2070416151.

dimanche 8 février 2009

Les mots des autres


J'ai chez moi un petit cahier à la couverture rigide noire. J'y inscris depuis quelques années des passages des romans qui m'ont touché. Certains auteurs s'y retrouvent plusieurs fois (Iltano Clavino, Borges, Camus, Carlos Ruis Zafon, Romain Gary, Nothomb et Rushdie) alors que d'autres n'auront sans doute jamais l'honneur d'y figurer. Parfois simples, parfois complexes, parfois amusantes, ces citations me rappellent sans cesse que le génie relève parfois de bien peu de choses.

- Les endroits où l'homme place son honneur, c'est incroyable... les couilles devraient pousser sur la tête, comme une couronne (R. Gary).

- Mieux vaudrait apprendre à faire l'amour correctement plutôt que de s'abrutir sur un livre d'histoire (Boris Vian).

- L'idée qu'un texte peut être définitif relève de la religion ou de la fatigue (Borges).

- Les souvenirs ne peuvent que changer le passer le moins intéressant (Julio Cortazar).

- Chacun tire de chaque livre le livre qui lui convient (Italo Calvino).

- La superstition a toujours guidé les actes à l'absence de savoir (Isaac Asimov).

- Nous vivons tellement dans la peur que cela nous rassure de désigner l'ennemi et puis, si nous ne pouvons pas deviner, nous l'inventons (Gil Courtemanche).

- La solitude à deux est l'enfer consenti (M. Houellebecq).

-Les gens se dépêchent de juger pour ne pas l'être eux-mêmes (Albert Camus).

- Ce n'est pas la distance qui mesure l'éloignement (Saint-Exupéry).

- On ne peint pas le feu en évitant les flammes (Alexandre Jardin).

- Il y a une chose en chacun de nous qui n’a aucun nom, et cette chose est qui nous sommes (José Saramango)

Qu'est-ce qui nous pousse à retranscrire les paroles des autres ? Peut-être la justesse de leurs mots, ou peut-être la jalousie de ne pas être celui qui les a écrits, ou peut-être les deux.

vendredi 6 février 2009

Un tout petit monde par David Lodge

Il y avait longtemps que je m'étais laissé tenter par un auteur anglais. Je cherchais depuis quelque temps un écrivain de la trempe de Douglas Adams ou encore de Tom Sharpe. L'humour british a toujours su me séduire... Je me suis donc régalé en tombant par hasard sur Un tout petit monde de David Lodge. Non seulement Lodge manie-t-il l'humour avec brio, mais en plus nous offre-t-il des personnages qui, en temps normal, serait d'une banalité totale : nos élites enseignantes universitaires.

Dès les premières pages Lodge annonce ses couleurs : nous voici en pleine satire des congrès universitaires où se rencontre la crème de la crème des professeurs de littérature. Professeurs, étudiants et organisateurs s'entrecroisent dans ce roman aux teintes picaresques. Il va de soi que Un tout petit monde fait dans l'ironie et la caricature afin de ridiculiser les ambitions des grands littérateurs de ce monde.

Elle ouvrit une écritoire en cuir qui était fermée à clé et en sortit ce qui semblait être la photocopie d'une copie d'examen :

" Je pense que Milton a très bien réussi à justifier les dessein de Dieu sur l'homme en faisant de Satan un personnage absolument horrible. D'un autre côté, il est vraisemblablement impossible de justifier les desseins de Dieu sur l'homme parce que si vous croyez en Dieu alors il peut faire ce qu'il veut, et si vous ne croyez pas en lui alors il ne sert à rien de le justifier. Mon tuteur, le professeur Swallow, m'a séduite dans son bureau en février dernier, et si je suis collée à cet examen je vais le raconter à tout le monde. John Milton était après Shakespeare le plus grand poète. Il a fermé la porte à clé et m'a demandé de m'allonger sur le sol pour que personne ne nous voie..." (p.101)

Lodge est méchant. Il dit du mal du "tout petit monde" auquel il appartient et grâce auquel il vit. Et pourtant, pourtant, il est férocement drôle. Grâce aux entrecroisements du destin, il nous plonge dans des péripéties et des coups de théâtre dignes des plus grands feuilletons. Un tout petit monde est-il vraiment un livre vrai sur une vérité véritable ? Pour ceux d'entre vous qui avez déjà étudié dans une université, vous conviendrez que l'univers des savants intellectuels est rarement aussi ennuyeuse qu'on le croit.

David Lodge, Un tout petit monde [trad. de l'anglais par Maurice et Yvonne Couturier], éd. Rivages, coll. Rivages poche, 2004, 487 pages, ISBN 2869305583.

lundi 2 février 2009

Du bon usage des étoiles par Dominique Fortier

Mai 1845, les navires Terror et Erebus, sous le commandement de sir John Franklin, partent à la conquête du mythique passage du Nord-Ouest avec, à leur bord, cent trente-trois hommes et suffisamment de provisions pour survivre trois ans aux rigueurs de l’Arctique. L’expédition doit permettre à l’Angleterre d’asseoir sa suprématie sur le reste du globe, mais les deux navires se trouvent bientôt prisonniers des glaces dans une immensité sauvage.

Commence alors un nouveau voyage, immobile celui-là, au cœur de la nuit polaire et vers les profondeurs de l’être, dont Francis Crozier, commandant du Terror, rend compte dans son journal. Il se languit aussi de la belle Sophia, restée avec sa tante Jane Franklin à Londres, où les thés et les bals se succèdent en un tourbillon de mondanités.
(Quatrième de couverture)

Depuis la sortie du roman Du bon usage des étoiles, les critiques saluent unanimement cette première œuvre de Dominique Fortier. Alors que l’hebdomadaire Voir lui donne quatre étoiles, le blog La recrue du mois ne tarie pas d’éloges. Et voilà que le roman se retrouve parmi les cinq titres mis en nomination pour le Prix des libraires du Québec. Tout un honneur! Radio-Canada a d'ailleurs accueilli l'auteure dans ses sudios en décembre 2008 (entrevue audio ici).

Et pourtant, il m’aura fallu une semaine pour passer au travers de ses quelques 350 pages. Du bon usage des étoiles me semble souffrir de sa principale qualité : son aspect courtepointe (« patchwork » en franglais de France). Roman polyphonique, l’œuvre laisse la parole à plusieurs personnages impliqués dans cette grande aventure aux confins du monde. Du commandant aux simples matelots sans oublier les épouses qui attendent le retour de leur mari, l’expédition est vécue dans son ensemble.

La technique de la courtepointe devient malgré tout quelque peu agaçante de par sa surutilisation. Sans doute afin d’appuyer davantage l’impression de réalisme, Dominique Fortier en fait trop : extrait d’une pièce de théâtre imaginaire (p.91 à 97), extrait d’un poème (p. 116 à 118), formule mathématique (p. 137), quelques phrases manuscrites illisibles (p.170, p.323, p.336,), une reproduction d’un relevé d’emplacement (p.227), une chanson (p.233), un menu de Noël 1847 (p.267), une recette de plum-pudding (p.276-277), une partition musicale (p.304). Un roman historique n’a pas besoin d’offrir tant de documents d’archives (vrais et faux) pour être un roman réussi.

Autre détail agaçant, celui-là minime : l’horrible couverture. Qu’on le veuille où non, la couverture du livre a pour but d’attirer notre attention. Normalement, tout concorde à en faire une mini-publicité. Hors, dans le cas Du bon usage des étoiles, avec ses couleurs fades et un dessin quelconque, rien n’attire vraiment l’œil. Cet échec est agrémenté d’un anachronisme grossier. En effet, on peut y voir au coin inférieur gauche un timbre poste datant, non pas de 1845, mais bien de… 1937 (soit une image du roi George VI, père d’Élizabeth II).

Malgré tout, une relation amour-haine s’est nouée au cours de ma lecture entre moi et le roman. Incapable de passer une journée sans en lire une partie, je le déposais toujours avec en tête un millier d’images de glace ou encore de rencontres mondaines Roman historique, roman d’aventures, roman d’amour, Du bon usage des étoiles sait faire dans l’art du suspens en passant d’un lieu à un autre, d’un personnage à un second, puis un troisième. Le temps de quelques pages, nous découvrons le Terror et l’Errebus prisonniers des glaces, puis nous voilà rendus en Angleterre lors d’un mariage.

Du bon usage des étoiles n’est pas une réussite complète. En voulant trop en faire, Dominique Fortier cherche (maladroitement?) à assurer l’aspect historique de cette expédition. Il reste que ce roman, bien malgré moi, m’aura tenu éveillé plus d’une fois.

Dominique Fortier, Du bon usage des étoiles, éd. Alto, 2008, 345 pages, ISBN 978-2-92355-15-2.