Bienvenue dans ma Citadelle

Un blog consacré à la littérature offrant des critiques sur des oeuvres de différents genres, mais aussi des commentaires sur le monde des lettres.

mercredi 28 janvier 2009

Paroles par Jacques Prévert

Je n'ai jamais véritablement aimé la poésie. Chaque fois que je tombe sur un poème, je trouve que l'auteur en fait trop : trop de sentiments, trop de figures de style, trop de mots évocateurs, trop de tout. Pour être vraie, la beauté doit être simple. Et voilà peut-être pourquoi j'aime Prévert.

Jacques Prévert est sans conteste le poète français du XXe siècle le plus lu. Depuis sa parution en 1946, Paroles (son tout premier recueil) s'est vendu à plus de trois millions de copies. Contestataire sans être révolutionnaire, amoureux mais pas gigolo, intellectuel et défenseur du simple travailleur, Prévert parle de sa vie lorsqu'il parle de la vie. Il fait rire afin de faire réfléchir. Pour lui, aucun sujet n'est tabou, Dieu lui-même a droit à son apostrophe :


Notre Père qui êtes aux cieux
Restez-y
Et nous resterons sur la
terre
Qui est quelque fois si jolie
Avec ses mystères de New York
Et
puis ses mystères de Paris
Qui valent bien celui de la
Trinité

(Pater Noster, p.58)

Lire Prévert, c’est écouter une musique envoûtante qui nous semble éternelle et qui reste en nous bien après sa découverte.





Jacques Prévert se savoure. Il ne faut pas tenter de l'avaler en une seule bouchée. Vouloir lire Paroles d'une couverture à l'autre en une seule journée vous donnera une indigestion littéraire, c'est garanti. Après tout, on ne peut pas devenir amoureux et se marier la même journée. Quoique...

Certains disent de Prévert qu'il ne fut jamais un "vrai" poète. Sa trop grande liberté d'écriture se rapproche parfois du roman, je l'admets. Aussi, plusieurs poèmes comportent très peu de rimes et contiennent des vers de longueurs inégales, c'est vrai. Et alors ? Le titre de son recueil dit tout : Paroles. Ce n'est pas "Alexandrins" ni "Césure à l'hémistiche". Non ?

Jacques Prévert, Paroles, éd Gallimard, Coll. Folio, 2006, 251 pages, ISBN 2070367622.

lundi 26 janvier 2009

Matin croustillant

Un matin croustillant

Lundi , cinq heures trente du matin, après deux jours de repos bien mérités, il faut retourner travailler. Une chaude douche, un bon café, j’ouvre la porte, et, le choc : il fait -30 degrés.

Mes sourcils gèlent avant même d’avoir atteint mon auto. Je m’assois derrière le volant, je tourne la clé et… rien. Le néant.


Hum…

Je fais ce que toute personne sensée ferait dans un tel cas : je me fais un deuxième café, enfile de gros bas de laine, m’assois, Du bon usage des étoiles à la main.

L’Antarctique cogne à ma fenêtre. Je le préfère entre mes mains.

jeudi 22 janvier 2009

Babylone Babies par Maurice G. Dantec

Lire Maurice G. Dantec, c'est faire un triathlon de plusieurs jours. Malgré l'action incessante, malgré l'intrigue déroutante, malgré l'accumulation des scènes de psychose, il me fallait passer à travers les 719 pages de Babylon Babies le plus rapidement possible.

Résumer l’œuvre me paraît impossible. Il me faudrait pour cela recopier l'ensemble du roman tant le récit est complexe. Je simplifierai donc... Toorop, un mercenaire high-tech, a pour mission d'escorter une jeune femme schizophrène, Marie, jusqu'au Québec en échange d'une importante somme. Il s'avère rapidement que la jeune femme est la mère porteuse d'une créature génétiquement modifiée... un "contenu" qui intéresse plusieurs groupes criminalisés : gangs de bikers, sectes post-millénaristes et mafia. Babylon Babies contient définitivement une forte touche de roman noire.

Babylon Babies refuse de se confiner dans le moule du roman de science-fiction classique, car ici nous voilà en pleine littérature cyber punk (l’expression n’est pas moi, je précise). En effet, Dantec va beaucoup plus loin que la simple création d'un futur fait de machines et de robots. Son monde en est un de drogues hallucinogènes, de schizophrènes et de manipulations génétiques.

Il s'était retrouvé dans ce monde post-apocalyptique, ce monde de désolation recouvert de cendres, il savait que ce monde formait la structure sous-jacente d'un rêve qu'il faisait de manière récurrente depuis des années [...] Marie l'attendait à une station de bus dont seul le sommet dépassait du tapis de cendres. Marie était Marie et pourtant ce n'était plus elle. Il savait que c'était elle, mais elle avait complètement changé d'allure, et de visage. (p.615)

Dès lors, il n'est pas surprenant de constater que le roman contient de nombreux passages ressemblant davantage à des poèmes qu'à une narration continue. On suit les délires des personnages dans les moindres détails, ce qui pourrait agacer certains lecteurs habitués à des histoires plus fluides. Fort heureusement, une cohérence générale se dégage malgré tout du récit. On est loin de certains délires sans fin de Philip K. Dick.

Pour ce qui est du film (mettant en vedette Vin Diesel) vaguement basé sur le roman, éh bien… Disons que la bande-annonce du film résume bien la direction prise par Mathieu Kasovitz.





On oublie donc le film.

L'écriture de Babylon Babies reflète admirablement bien le récit que contient l’œuvre. Pour parler en bon petit écolier, "le fond et la forme du roman mettent en valeur les idées et concepts exprimés par Dantec". Certes, la spirale que forme l'ensemble du texte a quelque chose d'un peu effrayant. Le style de Dantec est unique. Il demeure qu'on ne doit pas se laisser rebuter par son approche.

Maurice G. Dantec, Babylon Babies, éd. Gallimard, coll. Folio SF, 2004 [1999], 719 pages, ISBN 2070417530.

mardi 20 janvier 2009

L'amour des vieux livres

J’ai cette étrange habitude d’acheter de vieux bouquins défraichis. Malgré le fait que leur couverture soit endommagée, que leurs pages aient été victimes d’un graphomane et, surtout, qu’on les trouve aussi en version poche, neuve et abordable, je les préfère à toute autre édition.

J’aime cette idée que le livre que tiens entre mes mains fut imprimé alors que son auteur était encore vivant. J’ai ainsi dans ma bibliothèque L’Âge de raison de Sartre, Citadelle de Saint-Exupéry, La Chute d’Albert Camus et bien d’autres œuvres dont l’apparence trahit l’âge. Ce ne sont pas des premières éditions. Leur valeur reste donc minime. Pourtant, ils me semblent plus agréables à tenir.

Et puis, on retrouve aussi plusieurs curiosités. Ainsi, me voici l’heureux propriétaire du Dictionnaire Encyclopédique Quillet édition 1969. Sept épais tomes qui témoignent d’une époque déjà lointaine, une époque faite de l’URSS et de la guerre du Vietnam. Mes pages préférées restent cependant celles consacrées aux ordinateurs. Voir ces immenses dinosaures occuper une salle entière m’a bien fait rire.

Pour moi, le bonheur de lire dépend en partie de l’objet physique que je tiens. Tenir un livre vieux de plusieurs décennies ajoute incontestablement un aspect solennel à l’acte de lecture. Bien entendu, ce n’est pas essentiel, mais ça augmente le plaisir que j’en retire.

mercredi 14 janvier 2009

Alice au pays des merveilles par Lewis Carroll

Alice s'ennuie auprès de sa sœur qui lit un livre (« sans images, ni dialogues ») tandis qu'elle ne fait rien. « À quoi bon un livre sans images, ni dialogues ? », se demande Alice. Mais voilà qu'un lapin blanc aux yeux roses vêtu d'une redingote rouge passe près d'elle en courant. Cela ne l'étonne pas le moins du monde. Pourtant, lorsqu'elle le voit sortir une montre de sa poche et s'écrier : « Je suis en retard ! En retard ! En retard ! », elle se dit que décidément ce lapin a quelque chose de spécial. En entrant derrière lui dans son terrier, elle fait une chute presque interminable qui l'emmène dans un monde aux antipodes du sien. Elle va rencontrer une galerie de personnages retors et se trouver confrontée au paradoxe, à l’absurde et au bizarre… (Wikipedia)

Me voici le regard hagard face à l’écran, incapable d’écrire un seul mot. Mais comment diable écrire un texte cohérent sur Alice au pays des merveilles ? Après quatre jours passés dans un univers éclaté fait de lapin parlant, de chat invisible, de poésie surréaliste, de cavalier incapable de monter à cheval et de jeux de mots sans fin, j’essaie de rassembler mes idées en vain.


Lewis Carroll, de son vrai nom Charles Lutwidge Dodgson (on dirait un personnage d’Harry Potter), prit plus de deux ans à mettre sur papier la première version d’Alice au pays des merveilles. Écrit à l’origine pour les filles de son voisin, l’histoire se voulait un simple texte destiné, entre autres, à la petite Alice Liddell. C’est sur le conseil d’amis que Dogson achemine son manuscrit à un éditeur. Après avoir ajouté quelques épisodes, dont celui du Thé chez les fous et celui du Chat de Cheshire, le livre est publié en 1865 et connait un succès immédiat. Viendra en 1871 Alice de l’autre côté du miroir.

Depuis, il semblerait tous les domaines d’études voient en ces récits un champ potentiel d’exploration : linguistique, psychanalyse, philosophie, etc. Nombre d’écrivains s’en sont aussi inspiré : James Joyce, Raymond Roussel et bien d’autres.

C’est ainsi qu’on oublie qu’Alice au pays des merveilles est d’abord un livre qui cherche à nous divertir et à nous faire rêver. Que l’on soit un enfant ou un adulte, l’enchantement d’un tel monde nous atteint à coup sûr. L’imagination complètement folle de Lewis Carroll me paraît même plus palpable maintenant que lorsque j’avais six ans. Il me suffit de m’arrêter un instant de lire, et voilà que Humpty Dumpty et la reine de cœur se confondent avec des personnes que je côtoie chaque jour!


Les situations absurdes et les réponses sans queue ni tête que fournissent les personnages vont bien au-delà d’une chenille que fume la pipe ou d’une reine qui marche à reculons afin d’avancer. Les nombreuses moqueries qu’on y retrouve nous rappellent à nous, lecteurs adultes et sérieux, qu’il suffit de bien peu pour rêver d'un pays des merveilles.

Lewis Carroll, Tout Alice [traduit de l’anglais par Jean-Jacques Mayoux et H. Parisot], éd. Flammarion, coll. Littérature étrangère, 2007 [1993], 442 pages, ISBN 978-2080703125.

vendredi 9 janvier 2009

Je suis un écrivain japonais par Dany Laferrière

Il vit à Montréal, il lit Mishima et Basho, il drague des Japonaises, il passe sa journée au café, il projette d’écrire un roman ou de faire un film, mais plus particulièrement un roman ou un film à la manière des maîtres japonais.

C’est ce qu’il raconte à une journaliste japonaise en tournée dans la métropole québécoise, et c’est ainsi que le scandale éclate à Tokyo. Comment peut-on, quand on vit à Montréal, se prendre pour un écrivain et un cinéaste japonais ? Jusqu’à son éditeur, qui l’appelle pour lui dire son mécontentement de ne pas avoir reçu ce roman qui l’a déjà rendu célèbre sur les rives du Pacifique.
(Quatrième de couverture)

Dany Laferrière vit le jour à Haïti où il grandit.
Dany Laferrière se réfugia au Canada.
Dany Laferrière partit plus tard vivre plusieurs années en Floride.
Dany Laferrière revint ensuite vivre au Canada.
Dany Laferrière annonça un jour qu’il était fatigué d’écrire.
Dany Laferrière ne cessa pourtant pas d’écrire.
Alors, quand Dany Laferrière lance un roman dont le titre est Je suis un écrivain japonais, on se dit : « Tiens, un roman sur l’identité et l’art du roman ». Ben non, non, c’est pas un roman sur l’identité et encore moins sur l'art du roman.

Je suis un écrivain japonais est un roman tout simple, fait de réflexions sur la vie de tous les jours par un homme qui passe la majeure partie de ses journées dans son bain ou couché sur le dos. En moins de quelques pages, l’auteur nous parle comme si nous étions de vieux copains. Dany Laferrière ne fait pas dans le monologue, mais plutôt dans l’art de la conversation.

L’histoire elle-même se veut à la fois original et simple, car Je suis un auteur japonais repose sur les remous que crée à travers le monde un roman… qui n’a pas encore été écrit. Le consulat japonais de Montréal s’énerve, une équipe télé veut suivre le non-auteur du non-roman, des hordes de touristes font la file devant son appartement dans l’espoir de le voir, tandis que le personnage central préfère faire de courtes balades dans la Square Saint-Louis et lire du Basho.

Dany Laferrière se veut un lecteur avant d’être un auteur : Basho, Kerouac, Platon, la littérature des autres y est pour beaucoup dans ce roman. La guerre de Troie traverse ainsi l’œuvre le temps d’un court chapitre. Lire et écrire sont des arts desquels Laferrière se délecte :

J’aime lire dans le bain. D’où vient que je préfère lire à écrire? Je me vois remonter la rue ensoleillée de mon enfance en tenant la main de ma grand-mère. Un homme tranquillement assis sur une galerie devant une large table couverte de livres, tous ouverts. Il était penché vers eux, comme devant un buffet riche et varié. Ce gourmand passait d’un livre à un autre avec la même excitation. Rien ne semblait exister autour de lui, à part ces mets appétissants. Il semblait si loin de nous, si hors de notre portée. Ma grand-mère m’a alors glissé à l’oreille : « C’est un lecteur! » Et j’ai tout de suite pensé : c’est ce que je ferai plus tard. Je serai lecteur. (page 82)

Pour chaque ligne de folie, vous trouverez un plein paragraphe de réflexions et commentaires sur un millier de choses. Avec le temps, j’ai compris que Dany Laferrière excelle dans les romans « on the road », ces romans dans lesquels on bouge sans cesse. Cependant, contrairement à Kerouac, le trajet ne se fait pas d’un lieu à un autre, mais bien d’une pensée à une autre. Le mouvement est ici celui de l’esprit.

Je suis un écrivain japonais est une œuvre éclatée faite de digressions, de paresse et de sourires. Bref, voilà un roman intelligent qui n’en demande pas autant à son lecteur!

lundi 5 janvier 2009

Un nom de torero par Luis Sepulveda

Juan Belmonte, ancien guérillero chilien, et Frank Galinsky, ex-membre de la Stasi, sont engagés par des parties adverses pour retrouver un mystérieux trésor disparu au Chili. Épris de liberté et de justice, ces deux hommes ont tout sacrifié à leurs idéaux politiques. Revenus de leurs illusions, ils entament leur ultime aventure : un duel sanglant au bout du monde. (Quatrième de couverture)

La couleur noire dominait la page couverture, la quatrième de couverture annonçait « un duel sanglant à l’autre bout du monde » et la collection confirmait « roman noir ». À la recherche de quelque chose de léger et chargé de testostérone, le livre ne pouvait décevoir mes maigres attentes. Eh bien, la richesse de ce roman m’a tout simplement pris de court!

Célèbre à travers le monde, l’auteur chilien Luis Sepúlveda signe un roman déstabilisant. En effet, Un nom de torero se présente hypocritement comme un simple roman noir dans la plus pure tradition : un héros désabusé au passé violent, une enquête non officielle faite de morts, de claques sur la gueule et des jurons… un vrai film de Bruce Wills.


Et alors, où est la richesse annoncée plus haut ? La richesse se trouve dans le contexte historique du récit et des références politiques. Écrit au début des années 1990, Un nom de torero illustre tous des moments noirs de décennies précédentes : le Chili et Pinochet, l’URSS et Staline, les déceptions suivant la réunification allemande.

Contrairement aux romans noirs classiques (Le faucon de malte, Vendredi 13, etc.), l’écrivain ne cherche pas simplement à nous divertir. Étonnement, derrière toutes ces baffes se trouve une importante dimension politique. C’est ainsi que le personnage le plus marquant est aussi celui qui ne parlera jamais : Véronica. Victime des horribles exactions sous le gouvernement totalitaire de Pinochet, cette dernière ne sortira jamais de son mutisme. D’une certaine façon, son silence en dit bien plus que tout autre chose.

Amateurs de romans noirs, vous serez prévenus : ce roman est « noir » tant par les actions de ses personnages que par la part historique qui le compose.

Luis Sepulvada, Un nom de torero [traduit de l’espagnol par François Maspesro], éd. Métailié, coll. Points roman noir, 2008 [1994],184 pages, ISBN 978-2757807347

samedi 3 janvier 2009

Histoire de la laideur par Umberto Eco

En apparence, beauté et laideur sont deux concepts qui s'impliquent mutuellement, et l'on comprend généralement la laideur comme l'inverse de la beauté, si bien qu'il suffirait de définir l'une pour savoir ce qu'est l'autre. Mais les différentes manifestations du laid au fil des siècles s'avèrent plus riches et plus imprévisibles qu'on ne croit. Or voici que les extraits d'anthologie ainsi que les extraordinaires illustrations de ce livre nous emmènent dans un voyage surprenant entre les cauchemars, les terreurs et les amours de près de trois mille ans d'histoire, où la répulsion va de pair avec de touchants mouvements de compassion, et où le refus de la difformité s'accompagne d'un enthousiasme décadent pour les violations les plus séduisantes des canons classiques. (Quatrième de couverture)

Projet insolite d’Umberto Eco, Histoire de la laideur couvre quelques 2 500 ans de créations artistiques. Peinture, sculpture, architecture et littérature embrassent les moindres manifestations de ce qui, un jour, fut considéré comme repoussant. C’est ainsi qu’en plus de 400 pages Eco offre des centaines d’extraits littéraires et d’images souvent peu connus. Je songe en particulier à Vieille femme grotesque et à cette caricature signée Passerotti.

Eco justifie son entreprise en expliquant que la laideur, tout comme la beauté, témoigne d’une époque bien précise. Ce qui est laid aujourd’hui ne le sera pas forcément demain, et vice versa. « Souvent, les qualifications de beauté ou de laideur ont été dues à des critères non pas esthétiques, mais politiques et sociaux », écrit l’auteur dans son introduction. Le laid ne se définit donc pas systématique comme le contraire du beau. Une époque ravagée par la peste et la famine n’offrira pas les mêmes représentations qu’une autre faite de prospérité et de stabilité, tout comme l’urbanisation donnera naissance à une nouvelle vision de l’horreur.



Afin de bien couvrir un sujet aussi vaste, l’auteur aborde des thèmes qui le sont tout autant : la mort, l’apocalypse, les monstres, le comique, la sorcellerie, l’inquiétante étrangeté, etc.

Il reste que Umberto Eco manque la cible avec son Histoire de la laideur. L’érudition et le choix des œuvres ni sont pour rien. La faiblesse majeure de cet essai réside dans son manque de cohésion. Au fil des chapitres, on ne sait trop quel fil conducteur emploie l’auteur. Alors que nous nous trouvons parfois dans l’approche historique (chapitre 1 : La laideur dans le monde classique), à d’autres moments l’approche thématique semble être préférée (chapitre 2 : La passion, la mort, le martyre). Tant et si bien que certaines répétitions se présentent à plus d’une reprise. Ainsi, le chapitre 3 traite de l’enfer et du diable, le chapitre 7 revient sur le diable dans le monde moderne et le chapitre 8 emploie plutôt le terme « satanisme ».

Ce qui agace vraiment, ce sont ces « erreurs » qui parsèment Histoire de la laideur. Tout d’abord, plusieurs noms d’artistes sont escamotés : Ambroise Vollard devient Antoine Vollard, Circé gagne un « e » muet et devient Circée, etc. Plus étonnant encore, à la page 335 on apprend que William Blake aurait vécu de 1857 à… 1827? Dix pages plus loin, c’est la Tour Eiffel qui est victime de la chronologie puisqu’Eco affirme que sa construction fut terminée en 1899, alors qu’on devrait lire 1889.

En voulant sans doute offrir un portrait trop large d’un sujet bien complexe, Umberto Eco verse dans une superficialité où les raccourcis nuisent parfois à l’image d’ensemble. Histoire de la laideur mérite d’être feuilletée pour les nombreux extraits et images qu’elle offre, mais certainement pas pour les commentaires qui les accompagnent.

Umberto Eco, Histoire de la laideur [traduit de l’italien par Myriem Bouzaher], éd. Flammarion, 2007, 453 pages.