Juan Belmonte, ancien guérillero chilien, et Frank Galinsky, ex-membre de la Stasi, sont engagés par des parties adverses pour retrouver un mystérieux trésor disparu au Chili. Épris de liberté et de justice, ces deux hommes ont tout sacrifié à leurs idéaux politiques. Revenus de leurs illusions, ils entament leur ultime aventure : un duel sanglant au bout du monde. (Quatrième de couverture)La couleur noire dominait la page couverture, la quatrième de couverture annonçait « un duel sanglant à l’autre bout du monde » et la collection confirmait « roman noir ». À la recherche de quelque chose de léger et chargé de testostérone, le livre ne pouvait décevoir mes maigres attentes. Eh bien, la richesse de ce roman m’a tout simplement pris de court!
Célèbre à travers le monde, l’auteur chilien Luis Sepúlveda signe un roman déstabilisant. En effet, Un nom de torero se présente hypocritement comme un simple roman noir dans la plus pure tradition : un héros désabusé au passé violent, une enquête non officielle faite de morts, de claques sur la gueule et des jurons… un vrai film de Bruce Wills.
Et alors, où est la richesse annoncée plus haut ? La richesse se trouve dans le contexte historique du récit et des références politiques. Écrit au début des années 1990, Un nom de torero illustre tous des moments noirs de décennies précédentes : le Chili et Pinochet, l’URSS et Staline, les déceptions suivant la réunification allemande.
Contrairement aux romans noirs classiques (Le faucon de malte, Vendredi 13, etc.), l’écrivain ne cherche pas simplement à nous divertir. Étonnement, derrière toutes ces baffes se trouve une importante dimension politique. C’est ainsi que le personnage le plus marquant est aussi celui qui ne parlera jamais : Véronica. Victime des horribles exactions sous le gouvernement totalitaire de Pinochet, cette dernière ne sortira jamais de son mutisme. D’une certaine façon, son silence en dit bien plus que tout autre chose.
Amateurs de romans noirs, vous serez prévenus : ce roman est « noir » tant par les actions de ses personnages que par la part historique qui le compose.
Luis Sepulvada, Un nom de torero [traduit de l’espagnol par François Maspesro], éd. Métailié, coll. Points roman noir, 2008 [1994],184 pages, ISBN 978-2757807347
6 commentaires:
Très très tentant votre billet, je trouve que Métaillié fait un super travail éditorial et pas mal de leurs polars sortent des sentiers battus (les polars d'Indridason par exemple) je retiens ce torero là
J'ai beaucoup aimé récemment "Journal d'un tueur sentimental" du même auteur... Celui-ci pourrait me plaire aussi !
@ Kathel et @ Dominique : Sepulveda emploie un rythme lent en alternant la narration entre le "héros" et le "méchant". Il ne faut donc pas s'attendre à un feu roulant d'action.
Merci pour la découverte de Sepulveda, intéressant qui a l'air intéressant.
J'ai adoré Le Vieux qui lisait des romans d'amour, ce fut mon gros coup de coeur de l'an passé. Mais l'ambiance de celui-ci semble complètement différente, j'hésite car je ne suis pas très «roman noir»...
@ Grominou : J'ai fait quelques recherches sur l'Internet, et il semblerait bien que Le vieux qui lisait des romans d'amour soit un incontournable. Merci pour la suggestion.
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