Il vit à Montréal, il lit Mishima et Basho, il drague des Japonaises, il passe sa journée au café, il projette d’écrire un roman ou de faire un film, mais plus particulièrement un roman ou un film à la manière des maîtres japonais.C’est ce qu’il raconte à une journaliste japonaise en tournée dans la métropole québécoise, et c’est ainsi que le scandale éclate à Tokyo. Comment peut-on, quand on vit à Montréal, se prendre pour un écrivain et un cinéaste japonais ? Jusqu’à son éditeur, qui l’appelle pour lui dire son mécontentement de ne pas avoir reçu ce roman qui l’a déjà rendu célèbre sur les rives du Pacifique. (Quatrième de couverture)
Dany Laferrière vit le jour à Haïti où il grandit.
Dany Laferrière se réfugia au Canada.
Dany Laferrière partit plus tard vivre plusieurs années en Floride.
Dany Laferrière revint ensuite vivre au Canada.
Dany Laferrière annonça un jour qu’il était fatigué d’écrire.
Dany Laferrière ne cessa pourtant pas d’écrire.
Je suis un écrivain japonais est un roman tout simple, fait de réflexions sur la vie de tous les jours par un homme qui passe la majeure partie de ses journées dans son bain ou couché sur le dos. En moins de quelques pages, l’auteur nous parle comme si nous étions de vieux copains. Dany Laferrière ne fait pas dans le monologue, mais plutôt dans l’art de la conversation.
L’histoire elle-même se veut à la fois original et simple, car Je suis un auteur japonais repose sur les remous que crée à travers le monde un roman… qui n’a pas encore été écrit. Le consulat japonais de Montréal s’énerve, une équipe télé veut suivre le non-auteur du non-roman, des hordes de touristes font la file devant son appartement dans l’espoir de le voir, tandis que le personnage central préfère faire de courtes balades dans la Square Saint-Louis et lire du Basho.
Dany Laferrière se veut un lecteur avant d’être un auteur : Basho, Kerouac, Platon, la littérature des autres y est pour beaucoup dans ce roman. La guerre de Troie traverse ainsi l’œuvre le temps d’un court chapitre. Lire et écrire sont des arts desquels Laferrière se délecte :
J’aime lire dans le bain. D’où vient que je préfère lire à écrire? Je me vois remonter la rue ensoleillée de mon enfance en tenant la main de ma grand-mère. Un homme tranquillement assis sur une galerie devant une large table couverte de livres, tous ouverts. Il était penché vers eux, comme devant un buffet riche et varié. Ce gourmand passait d’un livre à un autre avec la même excitation. Rien ne semblait exister autour de lui, à part ces mets appétissants. Il semblait si loin de nous, si hors de notre portée. Ma grand-mère m’a alors glissé à l’oreille : « C’est un lecteur! » Et j’ai tout de suite pensé : c’est ce que je ferai plus tard. Je serai lecteur. (page 82)
Je suis un écrivain japonais est une œuvre éclatée faite de digressions, de paresse et de sourires. Bref, voilà un roman intelligent qui n’en demande pas autant à son lecteur!
2 commentaires:
J'ai lu deux livres de Dany laferrière : "comment faire l'amour avec un nègree sans se fatiguer" et "Cette Grenade Dans La Main Du Jeune Nègre Est-Elle Une Arme Ou Un Fruit ?" que j'avais beaucoup aimé, plus pour l'ambiance et les reflexions qu'il y faisait que pour simplement l'histoire. Je note donc ce titre!
Et voilà Enna qui répond à ma question qui était justement "mais qu'a-t-il écrit d'autre?
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