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Un blog consacré à la littérature offrant des critiques sur des oeuvres de différents genres, mais aussi des commentaires sur le monde des lettres.

samedi 3 janvier 2009

Histoire de la laideur par Umberto Eco

En apparence, beauté et laideur sont deux concepts qui s'impliquent mutuellement, et l'on comprend généralement la laideur comme l'inverse de la beauté, si bien qu'il suffirait de définir l'une pour savoir ce qu'est l'autre. Mais les différentes manifestations du laid au fil des siècles s'avèrent plus riches et plus imprévisibles qu'on ne croit. Or voici que les extraits d'anthologie ainsi que les extraordinaires illustrations de ce livre nous emmènent dans un voyage surprenant entre les cauchemars, les terreurs et les amours de près de trois mille ans d'histoire, où la répulsion va de pair avec de touchants mouvements de compassion, et où le refus de la difformité s'accompagne d'un enthousiasme décadent pour les violations les plus séduisantes des canons classiques. (Quatrième de couverture)

Projet insolite d’Umberto Eco, Histoire de la laideur couvre quelques 2 500 ans de créations artistiques. Peinture, sculpture, architecture et littérature embrassent les moindres manifestations de ce qui, un jour, fut considéré comme repoussant. C’est ainsi qu’en plus de 400 pages Eco offre des centaines d’extraits littéraires et d’images souvent peu connus. Je songe en particulier à Vieille femme grotesque et à cette caricature signée Passerotti.

Eco justifie son entreprise en expliquant que la laideur, tout comme la beauté, témoigne d’une époque bien précise. Ce qui est laid aujourd’hui ne le sera pas forcément demain, et vice versa. « Souvent, les qualifications de beauté ou de laideur ont été dues à des critères non pas esthétiques, mais politiques et sociaux », écrit l’auteur dans son introduction. Le laid ne se définit donc pas systématique comme le contraire du beau. Une époque ravagée par la peste et la famine n’offrira pas les mêmes représentations qu’une autre faite de prospérité et de stabilité, tout comme l’urbanisation donnera naissance à une nouvelle vision de l’horreur.



Afin de bien couvrir un sujet aussi vaste, l’auteur aborde des thèmes qui le sont tout autant : la mort, l’apocalypse, les monstres, le comique, la sorcellerie, l’inquiétante étrangeté, etc.

Il reste que Umberto Eco manque la cible avec son Histoire de la laideur. L’érudition et le choix des œuvres ni sont pour rien. La faiblesse majeure de cet essai réside dans son manque de cohésion. Au fil des chapitres, on ne sait trop quel fil conducteur emploie l’auteur. Alors que nous nous trouvons parfois dans l’approche historique (chapitre 1 : La laideur dans le monde classique), à d’autres moments l’approche thématique semble être préférée (chapitre 2 : La passion, la mort, le martyre). Tant et si bien que certaines répétitions se présentent à plus d’une reprise. Ainsi, le chapitre 3 traite de l’enfer et du diable, le chapitre 7 revient sur le diable dans le monde moderne et le chapitre 8 emploie plutôt le terme « satanisme ».

Ce qui agace vraiment, ce sont ces « erreurs » qui parsèment Histoire de la laideur. Tout d’abord, plusieurs noms d’artistes sont escamotés : Ambroise Vollard devient Antoine Vollard, Circé gagne un « e » muet et devient Circée, etc. Plus étonnant encore, à la page 335 on apprend que William Blake aurait vécu de 1857 à… 1827? Dix pages plus loin, c’est la Tour Eiffel qui est victime de la chronologie puisqu’Eco affirme que sa construction fut terminée en 1899, alors qu’on devrait lire 1889.

En voulant sans doute offrir un portrait trop large d’un sujet bien complexe, Umberto Eco verse dans une superficialité où les raccourcis nuisent parfois à l’image d’ensemble. Histoire de la laideur mérite d’être feuilletée pour les nombreux extraits et images qu’elle offre, mais certainement pas pour les commentaires qui les accompagnent.

Umberto Eco, Histoire de la laideur [traduit de l’italien par Myriem Bouzaher], éd. Flammarion, 2007, 453 pages.

2 commentaires:

Dominique a dit…

votre billet a attiré mon attention car j'apprécie Umberto Eco et moi c'est son histoire de la beauté qui avait retenue mon attention, feuilletée longuement j'avais eu l'impression d'un livre fourre tout, ce que vous confirmez d'une certaine façon avec ce livre;
Les nombreuses erreurs ne sont pas acceptables pour des livres de ce type et ...de ce prix ! peut être Umberto Eco publie t-il trop ? qui trop embrasse....
Félicitations pour la qualité et l'intérêt de vos billets

Louis a dit…

@ Dominique : Moi qui croyais que son Histoire de la beauté était mieux fait! Dommage.