

Un blog littéraire fait de critiques de lectures, une bibliothèque idéale, Babel numérisée...



Tant et si bien qu’un constat se dégage de toute cette surenchère : lire est devenu est une affaire de quantité. Bien entendu, quelques-uns partagent la liste de leurs coups de cœur, mais c’est bien peu. Il reste qu’il semblerait bien qu’il faille avoir lu beaucoup pour être un vrai lecteur. L’appréciation et le plaisir tirés de ces lectures deviennent secondaires.
S'agit-il là d'un voeu pieux impossible à respecter? Qui sait? Seul 2009 saura nous le dire. Bonne année à tous!

Les Illusions perdues, c’est l’Everest de l’œuvre de Balzac; un monstre gigantesque de près de 700 pages qu’on ne peut attaquer sans préparation. Publié en trois parties entre 1836 et 1843, ce roman est sans conteste le meilleur de Balzac. L’auteur s’inspire de sa propre expérience d’imprimeur et d’écrivain afin de raconter l’échec de Lucien Chardon, jeune homme naïf d’Angoulême voulant devenir poète à Paris. Les illusions perdues sont donc celles de Lucien face au monde littéraire corrompu, un monde dans lequel grandit un journalisme de bas étage qui salit les grands noms politiques et artistiques pour un profit bien personnel. C’est armé d’un recueil de poésie de qualité très douteuse (Les Marguerites) que Lucien tentera de se faire accepter par un monde sans pitié. Allant jusqu’à changer son nom, il signera ses textes Lucien de Rubempré (histoire de se donner des airs de noblesse). Mais voilà, le choc entre les rêves et la réalité est parfois douloureux.Pendant sa première promenade vagabonde à travers les Boulevards et la rue de la Paix, Lucien, comme tous les nouveaux venus, s'occupa beaucoup plus des choses que des personnes. A Paris, les masses s'emparent tout d'abord de l'attention: le luxe des boutiques, la hauteur des maisons, l'affluence des voitures, les constantes oppositions que présentent un extrême luxe et une extrême misère saisissent avant tout. Surpris de cette foule à laquelle il était étranger, cet homme d'imagination éprouva comme une immense diminution de lui-même. Les personnes qui jouissent en province d'une considération quelconque, et qui y rencontrent à chaque pas une preuve de leur importance, ne s'accoutument point à cette perte totale et subite de leur valeur. Être quelque chose dans son pays et n'être rien à Paris, sont deux états qui veulent des transitions; et ceux qui passent trop brusquement de l'un à l'autre tombent dans une espèce d'anéantissement. Pour un jeune poète qui trouvait un écho à tous ses sentiments, un confident pour toutes ses idées, une âme pour partager ses moindres sensations, Paris allait être un affreux désert.
À l’aube de la vingtaine, Noah, Joyce et le narrateur de cette histoire quittent leur lieu de naissance pour entamer une longue migration. Fraîchement débarqués à Montréal, ils tentent de prendre leur vie en main, malgré les erreurs de parcours, les amours défectueuses et leurs arbres généalogiques tordus. Ils se croient seuls; pourtant, leurs trajectoires ne cessent de se croiser, laissant entrevoir une incontrôlable symétrie au sein de leurs existences. (Quatrième de couverture)Chaque livre qui entre ici peut rencontrer son prochain lecteur à n’importe quel moment de l’histoire de la boutique, aussi bien dans le futur que dans le passé. Lorsqu’elle trie un nouvel arrivage de livres, madame Dubeau consulte sans cesse son Encyclopédie Lavoisier – une trentaine de cahiers où elle répertorie toutes les demandes spéciales des clients depuis février 1971 – afin de voir si quelqu’un n’aurait, dix ans plus tôt, désiré l’un des livres fraîchement débarqués.
Je ne peux feuilleter ces épais cahiers sans frémir. Aucun ouvrage ne donne mieux la mesure du temps : plusieurs clients inscrits dans ces pages sont morts depuis des années, certains n’éprouvent plus le moindre intérêt pour les livres, d’autres ont déménagé en Asie sans laisser d’adresse – et beaucoup ne trouveront jamais l’ouvrage qu’ils convoitaient.
Ayant choisi de relire, une année durant, ses livres de prédilection tels qu’ils lui semblent refléter le chaos du monde contemporain, Alberto Manguel offre ici, entre carnet intime et recueil de citations, un journal dont l’érudition subversive rend à merveille compte de l’infini du “dialogue” entre toute œuvre et son lecteur. (Quatrième de couverture)