Bienvenue dans ma Citadelle

Un blog consacré à la littérature offrant des critiques sur des oeuvres de différents genres, mais aussi des commentaires sur le monde des lettres.

mercredi 31 décembre 2008

Lire beaucoup... est-ce lire mal ?

Il semblerait bien que ma résolution du nouvel an déplaise à plusieurs. Lire moins et mieux m'a valu de nombreux commentaires... enflammés.




Tout comme vous, je suis un livrovore. Je peux facilement lire trois bouquins par semaine. Malheureusement, cette impulsivité me porte souvent à lire en diagonale sans vraiment apprécier l'histoire qui m'est offerte. Je me dépêche à terminer un livre afin de pouvoir débuter le prochain, et ainsi de suite. 

C'est un peu comme si je regardais un film en accéléré (disons au mode X 2). On saisit l'idée d'ensemble, mais plusieurs détails nous échappent.

Ma première étape vers le maintien de cette résolution sera de lire Histoire de la laideur de Umberto Eco. Un très beau livre qui m'a été offert pour Noël par... ma carte de crédit!

lundi 29 décembre 2008

Résolution du nouvel an


Je lis avec attention plusieurs blogues de lecteurs, et ce, depuis quelques années déjà. Tout comme eux (donc vous, ami(e) lecteur…), les livres font partie intégrante de ma vie. Il y a quelque chose de profondément intime dans l’action de tenir un livre entre nos mains et découvrir les mots qu’il renferme. Ainsi, partager mes coups de cœur avec les vôtres me permet de partager une passion qui m’anime.

En cette fin d’année 2008, je constate que plusieurs offrent une « litanie » impressionnante des titres lus au cours des derniers mois. Les chiffres me laissent pantois : soixante-quinze, quatre-vingts, voire cent, et ce, en incluant des monstres de papier comme Les Bienveillantes.

Tant et si bien qu’un constat se dégage de toute cette surenchère : lire est devenu est une affaire de quantité. Bien entendu, quelques-uns partagent la liste de leurs coups de cœur, mais c’est bien peu. Il reste qu’il semblerait bien qu’il faille avoir lu beaucoup pour être un vrai lecteur. L’appréciation et le plaisir tirés de ces lectures deviennent secondaires.

Est-ce que je m’inclus dans le lot de cette généralisation contestable? Oui, sans doute, à en croire la quantité phénoménale de livres qui m’entourent. Et encore plus si je jette un coup d’œil à mes cadeaux de Noël (que des livres…).

Voilà donc pourquoi, plutôt que de partager avec vous tous les titres qui me seront passés entre les mains en 2008, je préfère prendre la résolution suivante : lire moins et lire mieux.

S'agit-il là d'un voeu pieux impossible à respecter? Qui sait? Seul 2009 saura nous le dire. Bonne année à tous!

lundi 22 décembre 2008

JOYEUX NOËL

UN JOYEUX NOËL À TOUS !


vendredi 19 décembre 2008

Illusions perdues par Honoré de Balzac

Tôt ou tard un professeur bienveillant croit important de glisser entre les mains des ses élèves un roman de Balzac, préférablement Le Père Goriot ou Ferragus. Puis, il parle de ce projet incroyable que fut celui de la Comédie humaine : décrire toute une société à travers ses aspects sociaux, temporels et psychologiques. Quelque 137 œuvres de tous genres écrites en un peu moins de vingt ans.


Mais voilà, bienveillant ou non, ce professeur peinera longtemps à « vendre » Balzac à sa classe, car l’auteur devient indigeste dans un cadre scolaire, lui-même cherchant à enseigner. Et puis, ses pages sans fin respirent peu et débordent de mots tant le texte est écrit petit. Balzac doit être lu lentement, sinon gare à l’essoufflement!

Les Illusions perdues, c’est l’Everest de l’œuvre de Balzac; un monstre gigantesque de près de 700 pages qu’on ne peut attaquer sans préparation. Publié en trois parties entre 1836 et 1843, ce roman est sans conteste le meilleur de Balzac. L’auteur s’inspire de sa propre expérience d’imprimeur et d’écrivain afin de raconter l’échec de Lucien Chardon, jeune homme naïf d’Angoulême voulant devenir poète à Paris. Les illusions perdues sont donc celles de Lucien face au monde littéraire corrompu, un monde dans lequel grandit un journalisme de bas étage qui salit les grands noms politiques et artistiques pour un profit bien personnel. C’est armé d’un recueil de poésie de qualité très douteuse (Les Marguerites) que Lucien tentera de se faire accepter par un monde sans pitié. Allant jusqu’à changer son nom, il signera ses textes Lucien de Rubempré (histoire de se donner des airs de noblesse). Mais voilà, le choc entre les rêves et la réalité est parfois douloureux.

Pendant sa première promenade vagabonde à travers les Boulevards et la rue de la Paix, Lucien, comme tous les nouveaux venus, s'occupa beaucoup plus des choses que des personnes. A Paris, les masses s'emparent tout d'abord de l'attention: le luxe des boutiques, la hauteur des maisons, l'affluence des voitures, les constantes oppositions que présentent un extrême luxe et une extrême misère saisissent avant tout. Surpris de cette foule à laquelle il était étranger, cet homme d'imagination éprouva comme une immense diminution de lui-même. Les personnes qui jouissent en province d'une considération quelconque, et qui y rencontrent à chaque pas une preuve de leur importance, ne s'accoutument point à cette perte totale et subite de leur valeur. Être quelque chose dans son pays et n'être rien à Paris, sont deux états qui veulent des transitions; et ceux qui passent trop brusquement de l'un à l'autre tombent dans une espèce d'anéantissement. Pour un jeune poète qui trouvait un écho à tous ses sentiments, un confident pour toutes ses idées, une âme pour partager ses moindres sensations, Paris allait être un affreux désert.

À ce récit central s’ajoute l’histoire d’amour unissant Lucien à madame de Bargeton, en bonne partie la cause du départ de Lucien pour Paris. Nous suivons aussi la lente déchéance de David Séchard, ami de Lucien, qui tente d’opérer tant bien que mal une imprimerie dans un contexte de ruine assurée.

Suivi par un roman tout aussi massif, Splendeurs et misères des courtisanes, Les Illusions perdues offre un incroyable panorama d’un monde vieux de quelque 170 ans, mais qui, aujourd’hui encore, fascine. Un voyage dans le temps qui a, malgré tout, des airs du présent.

lundi 15 décembre 2008

Nikolski par Nicolas Dickner

À l’aube de la vingtaine, Noah, Joyce et le narrateur de cette histoire quittent leur lieu de naissance pour entamer une longue migration. Fraîchement débarqués à Montréal, ils tentent de prendre leur vie en main, malgré les erreurs de parcours, les amours défectueuses et leurs arbres généalogiques tordus. Ils se croient seuls; pourtant, leurs trajectoires ne cessent de se croiser, laissant entrevoir une incontrôlable symétrie au sein de leurs existences. (Quatrième de couverture)

Voilà une quatrième de couverture moche. À lire cette courte présentation, on croirait avoir entre les mains un autre roman d’apprentissage tout ce qu’il y a de plus banal. Détrompez-vous!

Dans son premier roman, Nicolas Dickner emploie adimrablement bien la technique de la courte-pointe, car la force de Nikolski réside en ses personnages éclatés qui, par la force du hasard, s'influencent les uns les autres. Sans être des archétypes marginaux, tous trois ont ce je-ne-sais-quoi de fascinant. C’est ainsi que l’histoire alterne d’un personnage à l’autre. On suit Noah, amérindien nomade de l’Ouest canadien qui s'installe à Montréal pour des études en archéologie. Puis s’ajoute Joyce, une jeune femme descendante de pirates qui se se cache au cœur de la ville pour perpétuer les traditions de ses ancêtres pilleurs. Finalement, on suit pas à pas un libraire sédentaire qui retrouve le compas que lui avait envoyé son père qu'il n'a jamais connu. À quoi sert un compas lorsqu’on ne voyage pas?

Vous l’aurez compris, les métaphores ne sont pas toujours subtiles chez Nicolas Dickner, ce qui importe bien peu une fois la dernière page tournée. Nikolski est un livre qui nous fait rêver plus que réfléchir. Avec ses lieux uniques et ses petits détails fascinants, le roman s’incruste en nous :

Chaque livre qui entre ici peut rencontrer son prochain lecteur à n’importe quel moment de l’histoire de la boutique, aussi bien dans le futur que dans le passé. Lorsqu’elle trie un nouvel arrivage de livres, madame Dubeau consulte sans cesse son Encyclopédie Lavoisier – une trentaine de cahiers où elle répertorie toutes les demandes spéciales des clients depuis février 1971 – afin de voir si quelqu’un n’aurait, dix ans plus tôt, désiré l’un des livres fraîchement débarqués.
Je ne peux feuilleter ces épais cahiers sans frémir. Aucun ouvrage ne donne mieux la mesure du temps : plusieurs clients inscrits dans ces pages sont morts depuis des années, certains n’éprouvent plus le moindre intérêt pour les livres, d’autres ont déménagé en Asie sans laisser d’adresse – et beaucoup ne trouveront jamais l’ouvrage qu’ils convoitaient.

Sans crier au génie, il faut admettre que Nicolas Dickner épate avec son premier roman. Et la pluie de prix qu’il a reçus en deux ans le prouve hors de tout doute : Prix des libraires du Québec (2006), Prix littéraire de collégiens, Prix Anne-Hébert. L’écriture fluide de même que l’histoire originale et amusante font de Nikolski un roman qu’on lit plus d’une fois.

Nicolas Dickner, Nikolski, éd. Alto et éd. Denoël, 2006, 309 pages, ISBN (éd. Alto) 9782923550060 ISBN (éd. Denoël) 2207259307

jeudi 11 décembre 2008

Journal d'un lecteur par Alberto Manguel

Ayant choisi de relire, une année durant, ses livres de prédilection tels qu’ils lui semblent refléter le chaos du monde contemporain, Alberto Manguel offre ici, entre carnet intime et recueil de citations, un journal dont l’érudition subversive rend à merveille compte de l’infini du “dialogue” entre toute œuvre et son lecteur. (Quatrième de couverture)

Pendant douze mois, entre juin 2002 et mai 2003, Manguel a écrit sur douze de ses livres préférés. C’est ainsi que Cervantès, Chateaubriand, H.G. Wells, Bioy Casares, Margaret Atwood et plusieurs autres défilent sous nos yeux. Bien que cet essai soit présenté sous la forme d’un journal intime suivant une datation précise, l’éclatement des genres et des époques présentés permet une lecture aléatoire suivant notre impression du moment.

Plus que dans tout autre de ses écrits, Manguel adopte ce ton intimiste qu’il maîtrise à merveille. Alternant entre les expériences personnelles (l’élaboration de sa nouvelle bibliothèque, un trajet en train, un voyage en Argentine, des commentaires sur l’actualité du moment, etc.) et ses lectures, Manguel enseigne très peu. Le caractère didactique de Une histoire de la lecture et de La bibliothèque la nuit se fait beaucoup moins sentir. Ici, l’écrivain partage plutôt ses coups de cœur littéraire comme nous le faisons tous sur nos blogs respectifs.

Journal d’un lecteur m’aura aussi permis de découvrir des auteurs qui m’étaient jusque là inconnus : Kipling, Buzzati et Kenneth Grahame. Plusieurs de mes grandes découvertes en littérature auront eu lieu à travers d’autres œuvres : Borges écrivant sur Cervantes, Orhan Pamuk vantant les mérites de Tristram Shandy, Calvino et sa passion pour Julio Cortazar. Manguel devient ainsi passeur de livre et participe à la rencontre entre ces auteurs et de futurs lecteurs.

Un autre bon moment offert par Alberto Manguel.

Alberto Manguel, Journal d’un lecteur [traduit de l’anglais par Christine Le Bœuf], éd. Actes Sud, coll. Babel, 2006 [2004], ISBN : 2742761659

vendredi 5 décembre 2008

J.M. Le Clézio : Il était temps, un Nobel français. Hum...

Pourquoi cette vidéo m’obsède-t-elle?

Suite au prix Nobel de Le Clézio, je me replonge dans son roman Désert et la beauté que forme chaque phrase. Porté comme à l’habitude par le charme de l’œuvre, me voilà sur l’Internet à lire tout ce que s’écrit sur l’auteur depuis sa consécration. Et voilà que, de page web en page web, un malaise grandissant se fait sentir. La cause? Mystère… jusqu’à ce que je tombe sur cette vidéo.




Alors, où est le problème. Le problème, il se trouve à 30 secondes du début, lorsque le journaliste dit sans aucune hésitation : « Le dernier Français à l’avoir eu c’était Claude Simon, en 1985, ça remonte à très très longtemps… ».

Le dernier Français à avoir eu le Nobel est en fait Gao Xinjiang, en 2000. Mais, à en croire plusieurs commentateurs français (et le journaliste de cette vidéo), ce n’est pas un "vrai" Français. Il est naturalisé… Alors, ça ne compte pas.

Puis vient cette idée que ça fait TRÈS TRÈS longtemps que la France n’avait pas eu son Nobel de littérature. Et le commentaire revient constamment dans les journaux et magazines : « Merde, il était temps! » Vraiment ? Et si on regardait les cinquante dernières années :

2008: Le Clézio
2000: Gao Xingjian (disons qu’il compte pour cette fois)
1985: Claude Simon
1964: Jean-Paul Sartre (il refusa le Nobel)
1960: Saint-John Perse (pseudonyme d'Alexis Léger)
1957: Albert Camus
1952: François Mauriac
1947: André Gide

Ça fait toujours bien huit Nobel en cinquante ans, et trois en quelque vingt ans.

Tout ça pour dire qu’AUCUN PAYS ne peut se targuer d’avoir fourni une telle quantité d’écrivains nobélisés. Il y a l’Amérique du Sud dites-vous? Dommage que l’Amérique du Sud soit constituée de plus de vingt pays. Et les États-Unis? Ces vilains arrogants qui veulent être les rois du monde, de l'univers, et de tout le reste? Les États-Unis aussi, c'est vrai, raflent souvent le Nobel. Il faut dire qu'ils sont six fois plus nombreux que les Français. Et puis, le problème n'est pas ici le nombre de Prix attribués à un pays (Le Clézio le méritait grandement, tout comme Claude Simon d'ailleurs), mais l'arrogance des institutions littéraires de ce pays.

Cette vidéo m’obsède parce qu’elle résume bien un chauvinisme sans borne des institutions littéraires françaises. Trois Nobel en vingt ans, ce n'est pas assez. Merde la Turquie qui n'a qu'un seul Nobel, merde le Canada qui attend toujours son premier, et merde les autres.

Mais bon, ce n’est que ma perception des choses. Je me suis peut-être levé du mauvais pied (ce qui m’arrive souvent ces temps-ci d’ailleurs).

Heureusement, tout cela ne brisera pas mon histoire d’amour entre moi et Le Clézio.