Bienvenue dans ma Citadelle

Un blog consacré à la littérature offrant des critiques sur des oeuvres de différents genres, mais aussi des commentaires sur le monde des lettres.

lundi 15 décembre 2008

Nikolski par Nicolas Dickner

À l’aube de la vingtaine, Noah, Joyce et le narrateur de cette histoire quittent leur lieu de naissance pour entamer une longue migration. Fraîchement débarqués à Montréal, ils tentent de prendre leur vie en main, malgré les erreurs de parcours, les amours défectueuses et leurs arbres généalogiques tordus. Ils se croient seuls; pourtant, leurs trajectoires ne cessent de se croiser, laissant entrevoir une incontrôlable symétrie au sein de leurs existences. (Quatrième de couverture)

Voilà une quatrième de couverture moche. À lire cette courte présentation, on croirait avoir entre les mains un autre roman d’apprentissage tout ce qu’il y a de plus banal. Détrompez-vous!

Dans son premier roman, Nicolas Dickner emploie adimrablement bien la technique de la courte-pointe, car la force de Nikolski réside en ses personnages éclatés qui, par la force du hasard, s'influencent les uns les autres. Sans être des archétypes marginaux, tous trois ont ce je-ne-sais-quoi de fascinant. C’est ainsi que l’histoire alterne d’un personnage à l’autre. On suit Noah, amérindien nomade de l’Ouest canadien qui s'installe à Montréal pour des études en archéologie. Puis s’ajoute Joyce, une jeune femme descendante de pirates qui se se cache au cœur de la ville pour perpétuer les traditions de ses ancêtres pilleurs. Finalement, on suit pas à pas un libraire sédentaire qui retrouve le compas que lui avait envoyé son père qu'il n'a jamais connu. À quoi sert un compas lorsqu’on ne voyage pas?

Vous l’aurez compris, les métaphores ne sont pas toujours subtiles chez Nicolas Dickner, ce qui importe bien peu une fois la dernière page tournée. Nikolski est un livre qui nous fait rêver plus que réfléchir. Avec ses lieux uniques et ses petits détails fascinants, le roman s’incruste en nous :

Chaque livre qui entre ici peut rencontrer son prochain lecteur à n’importe quel moment de l’histoire de la boutique, aussi bien dans le futur que dans le passé. Lorsqu’elle trie un nouvel arrivage de livres, madame Dubeau consulte sans cesse son Encyclopédie Lavoisier – une trentaine de cahiers où elle répertorie toutes les demandes spéciales des clients depuis février 1971 – afin de voir si quelqu’un n’aurait, dix ans plus tôt, désiré l’un des livres fraîchement débarqués.
Je ne peux feuilleter ces épais cahiers sans frémir. Aucun ouvrage ne donne mieux la mesure du temps : plusieurs clients inscrits dans ces pages sont morts depuis des années, certains n’éprouvent plus le moindre intérêt pour les livres, d’autres ont déménagé en Asie sans laisser d’adresse – et beaucoup ne trouveront jamais l’ouvrage qu’ils convoitaient.

Sans crier au génie, il faut admettre que Nicolas Dickner épate avec son premier roman. Et la pluie de prix qu’il a reçus en deux ans le prouve hors de tout doute : Prix des libraires du Québec (2006), Prix littéraire de collégiens, Prix Anne-Hébert. L’écriture fluide de même que l’histoire originale et amusante font de Nikolski un roman qu’on lit plus d’une fois.

Nicolas Dickner, Nikolski, éd. Alto et éd. Denoël, 2006, 309 pages, ISBN (éd. Alto) 9782923550060 ISBN (éd. Denoël) 2207259307

3 commentaires:

Jules a dit…

Voilà un livre que je laisse sécher dans la pile depuis un bon moment... À lire ce commentaire, je sens qu'il faudra que je lui accorde toute mon attention bientôt!

Louis a dit…

@ Jules : Sans être marquant, ce roman fait rêver. Les lieux et les personnages ont quelque chose de très fort, d'attachant.

Karine :) a dit…

Comme Jules... il traîne dans ma pile depuis une éternité!!! Faudra bien que je me décide à le déterrer un jour!