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Un blog consacré à la littérature offrant des critiques sur des oeuvres de différents genres, mais aussi des commentaires sur le monde des lettres.

vendredi 19 décembre 2008

Illusions perdues par Honoré de Balzac

Tôt ou tard un professeur bienveillant croit important de glisser entre les mains des ses élèves un roman de Balzac, préférablement Le Père Goriot ou Ferragus. Puis, il parle de ce projet incroyable que fut celui de la Comédie humaine : décrire toute une société à travers ses aspects sociaux, temporels et psychologiques. Quelque 137 œuvres de tous genres écrites en un peu moins de vingt ans.


Mais voilà, bienveillant ou non, ce professeur peinera longtemps à « vendre » Balzac à sa classe, car l’auteur devient indigeste dans un cadre scolaire, lui-même cherchant à enseigner. Et puis, ses pages sans fin respirent peu et débordent de mots tant le texte est écrit petit. Balzac doit être lu lentement, sinon gare à l’essoufflement!

Les Illusions perdues, c’est l’Everest de l’œuvre de Balzac; un monstre gigantesque de près de 700 pages qu’on ne peut attaquer sans préparation. Publié en trois parties entre 1836 et 1843, ce roman est sans conteste le meilleur de Balzac. L’auteur s’inspire de sa propre expérience d’imprimeur et d’écrivain afin de raconter l’échec de Lucien Chardon, jeune homme naïf d’Angoulême voulant devenir poète à Paris. Les illusions perdues sont donc celles de Lucien face au monde littéraire corrompu, un monde dans lequel grandit un journalisme de bas étage qui salit les grands noms politiques et artistiques pour un profit bien personnel. C’est armé d’un recueil de poésie de qualité très douteuse (Les Marguerites) que Lucien tentera de se faire accepter par un monde sans pitié. Allant jusqu’à changer son nom, il signera ses textes Lucien de Rubempré (histoire de se donner des airs de noblesse). Mais voilà, le choc entre les rêves et la réalité est parfois douloureux.

Pendant sa première promenade vagabonde à travers les Boulevards et la rue de la Paix, Lucien, comme tous les nouveaux venus, s'occupa beaucoup plus des choses que des personnes. A Paris, les masses s'emparent tout d'abord de l'attention: le luxe des boutiques, la hauteur des maisons, l'affluence des voitures, les constantes oppositions que présentent un extrême luxe et une extrême misère saisissent avant tout. Surpris de cette foule à laquelle il était étranger, cet homme d'imagination éprouva comme une immense diminution de lui-même. Les personnes qui jouissent en province d'une considération quelconque, et qui y rencontrent à chaque pas une preuve de leur importance, ne s'accoutument point à cette perte totale et subite de leur valeur. Être quelque chose dans son pays et n'être rien à Paris, sont deux états qui veulent des transitions; et ceux qui passent trop brusquement de l'un à l'autre tombent dans une espèce d'anéantissement. Pour un jeune poète qui trouvait un écho à tous ses sentiments, un confident pour toutes ses idées, une âme pour partager ses moindres sensations, Paris allait être un affreux désert.

À ce récit central s’ajoute l’histoire d’amour unissant Lucien à madame de Bargeton, en bonne partie la cause du départ de Lucien pour Paris. Nous suivons aussi la lente déchéance de David Séchard, ami de Lucien, qui tente d’opérer tant bien que mal une imprimerie dans un contexte de ruine assurée.

Suivi par un roman tout aussi massif, Splendeurs et misères des courtisanes, Les Illusions perdues offre un incroyable panorama d’un monde vieux de quelque 170 ans, mais qui, aujourd’hui encore, fascine. Un voyage dans le temps qui a, malgré tout, des airs du présent.

2 commentaires:

keisha a dit…

Merci pour cet article ! Balzac est un de mes chouchous (découvert en classe de troisième - mais par choix personnel, pas du tout au programme.

Louis a dit…

@ Keisha : Balzac m'a toujours séduit sans que je ne sache pourquoi.