Enfant, j'adorais regarder le dessin animé tiré de ce roman. Je me souviens encore de la chanson qui accompagnait le début de chaque épisode ("Je suis Phileas Fogg et en 80 jours je dois faire le tour de la planète..."). Sans doute par nostalgie, voici que, 20 ans plus tard, je me suis replongé dans cet univers...Le tour du monde en 80 jours fut écrit alors que Jules Verne était depuis longtemps un écrivain reconnu. Cinq semaines en ballon, Voyage au centre de la Terre, De la Terre à la Lune et Vingt Mille Lieues sous les mers lui avaient en effet ouvert les portes de la richesse et de la célébrité. C'est donc après avoir exploré tout sauf le monde terrestre que Verne s'attaqua, en 1872, aux pays et continents nouvellement accessibles. Le concept de "voyage à l'étranger" reste relativement nouveau à l'époque. Ce n'est en effet qu'en 1828 que la première ligne de chemin de fer française fut inaugurée, et il faudra attendre 1853 pour que le premier paquebot à vapeur soit lancé. L'Afrique, l'Asie et l'Amérique deviennent soudainement accessibles pour tous.
C'est ainsi que Jules Verne offre à ses lecteurs un roman de l'exotisme. D'un chapitre à l'autre, il nous fait découvrir les joies de la navigation à vapeur sur la mer Rouge, nous plonge au cœur d'un enterrement indou pour ensuite nous faire visiter Singapour. Tout cela sans oublier la découverte d'une Amérique dans laquelle les Amérindiens attaquent les trains avant d'être chassés par la cavalerie. Un régale !
Le colonel Proctor et Mr. Fogg, revolver au poing, sortirent aussitôt du wagon et se précipitèrent vers l'avant, où retentissaient plus bruyamment les détonations et les cris. Ils avaient compris que le train était attaqué par une bande de Sioux. Ces hardis Indiens n'en étaient pas à leur coup d'essai, et plus d'une fois déjà ils avaient arrêté les convois. Suivant leur habitude, sans attendre l'arrêt du train, s'élançant sur les marchepieds au nombre d'une centaine, ils avaient escaladé les wagons comme fait un clown d'un cheval au galop...

Le tour du monde en 80 jours est aussi un roman faisant état des plus récentes technologies. C'est bien plus que par simple volonté d'inclure certains effets de réel que Verne précise que la maison de Phileas Fogg contient une pendule électrique de même qu'un système de "tuyaux acoustiques" permettant la communication d'une pièce à l'autre.
J'ai pris un très grand plaisir à lire ce roman. Malgré sa propension à faire dans le cliché, Jules Verne est un maître du divertissement. Étrange de lire une telle œuvre lorsqu'on sait qu'à la même époque Flaubert travaillait sur Bouvard et Pécuchet, que Zola publierait bientôt L'Assommoir et que Victor Hugo peaufinait son dernier roman, Quatre-vingt-treize.
En terminant, si ce roman vous intéresse, je vous conseille vivement l'édition de chez Gallimard. Verne emploie en effet plusieurs mots étrangers empruntés à des langues peu connues (histoire de faire encore plus dans l'exotisme) et Gallimard propose des repères qui aident vraiment le lecteur. Pour les internautes plus confiants, il existe cette version numérisée contenant le texte intégral illustré. Je vous invite aussi à visiter ce site offrant des études portant sur diverses œuvres de Jules Verne.
Jules Verne, Le tour du monde en 80 jours, éd. Gallimard, coll. Folio plus classique, 2004323 pages, ISBN 207031751X .
2 commentaires:
Bonjour,
l'auteur américain Philip José Farmer a écrit un roman dans "les blancs" de ce livre : "L'autre voyage de Phileas Fogg". On y apprend ce que le héros faisait et que Jules Verne n'a pas raconté. C'est très réussi.
@ YS : Le genre de curiosité que j'adore. Merci !
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