Qu'elle soit constituée de quelques livres ou de volumes par milliers, qu'elle obéisse à une classification rigoureuse ou aléatoire, qu'elle soit de Montaigne ou d'Alexandrie, qu'on veuille la détruire (comme, si près de nous, à Sarajevo, à Kaboul, à Bagdad) ou l'ériger, qu'elle soit mentale, comme chez Borges, ou institutionnalisée - avec heures d'ouverture et réglementations -, qu'elle ait pour résidence de vastes bâtiments aux allures de nefs ou de temples ou qu'elle joue les passagères clandestines dans des cartons, entre deux déménagements, qu'est-ce qu'une bibliothèque, sinon l'éternelle compagne de tout lecteur- son rêve le plus cher ? […] Après Une histoire de la lecture, Alberto Manguel offre donc ici un essai « contigu », au propos lumineusement complémentaire, d'où il appert que construire une bibliothèque, privée ou publique, n'est rien de moins qu'une mise à l'épreuve d'ordre philosophique. (Quatrième de couverture)Je ne pourrais dire combien de fois j’ai lu et relu ce livre. La bibliothèque, la nuit est un essai aussi riche que divertissant. Après nous avoir fait découvrir le monde des livres avec Une histoire de la lecture, voici qu’Alberto Manguel s’attaque à celui des bibliothèques.
Pendant la nuit, je lis, assis, et je regarde les rangées de livres, tenté une fois encore d’établir des connexions entre voisins, d’inventer pour eux des histoires communes, d’associer l’un avec l’autre deux fragments remémorés. Virginia Woolf a entrepris un jour de distinguer l’homme qui aime s’instruire de celui qui aime lire, et elle a conclu qu’il "n’y a aucun rapport entre les deux". "Un homme instruit, écrit-elle, est un sédentaire, un enthousiaste solitaire et concentré qui cherche grâce aux livres à découvrir quelques grains d’une vérité qui lui tient à cœur. Si la passion de la lecture s’empare de lui, ses gains s’étiolent et lui fondent entre les doigts. Un lecteur, en revanche, doit maîtriser d’abord le désir d’apprendre ; si un savoir lui vient, tant mieux, mais le rechercher, lire selon un système, devenir un spécialiste ou une autorité, voilà qui pourrait bien tuer ce qu’il nous convient de considérer comme la passion plus humaine de la lecture pure et désintéressée." De jour, le système et la concentration me tentent ; de nuit, je peux lire avec une légèreté de cœur qui frise l’insouciance. (p.28)

Nous cheminons au travers d'interminables rayonnages de livres où nous choisissons tel ou tel volume sans raison apparente : à cause d'une couverture, d'un titre, d'un nom, de ce quelqu'un a dit ou n'a pas dit, à cause d'une intuition, d'un caprice, d'une erreur, parce que nous croyons pouvoir trouver dans ce livre, tel récit, tel personnage ou tel détail, parce que nous pensons qu'il a été écrit pour nous, parce que nous pensons qu'il a été écrit pour tout le monde sauf pour nous et voulons découvrir pourquoi nous avons été exclus, parce que nous avons envie de nous instruire ou de lire ou de nous perdre dans l'oubli.

La bibliothèque, la nuit est un essai magnifique dans lequel l’anecdote rencontre l’érudition et la réflexion personnelle. Un grand livre pour les petits lecteurs que nous sommes. À dévorer sans réserve !
Alberto Manguel, La bibliothèque, la nuit [trad. de l’anglais par Christine Leboeuf], éd. Actes Sud, 2006, 335 pages, 2742763163
3 commentaires:
Après avoir adoré Une histoire de la lecture, c'est sûr que je vais lire celui-là éventuellement!
Les photos sont superbes, c'est quelle bibliothèque?
@ Grominou : Il s'agit de la librairie Trinity Old de DUblin, en Irlande.
Je suis en train de lire Une histoire de la lecture. À ce que je vois, je n'ai pas fini de découvrir cet auteur!
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